L’éducation physique et sexuelle que j’aurais voulu avoir à l’école

Bonjour ! Il paraît que je critique beaucoup et qu’il faut que je m’applique à moi-même mon mantra comme quoi “il faut que la gauche propose des alternatives plutôt que ne faire que critiquer”.

Or, récemment sur facebook j’ai relayé un texte sur l’école qui police les tenues des filles (interdiction de montrer son nombril, mais aussi de porter un foulard islamique), et j’ai développé un petit texte sur ma propre expérience au collège quand le personnel m’a réprimandée pour ma tenue.

Bref ça m’a faite réfléchir à quelle éducation j’aurais voulu avoir en termes de rapport au corps. Avant tout, je ne suis pas spécialiste de la question, et je n’ai même pas lu de bouquins là-dessus, je m’inspire de ce que j’ai lu dans mes réseaux féministes sur internet, en particulier la pensée “body-positive” et “sex-positive” anglo-saxonne, et aussi de ce que j’ai lu sur l’éducation sexuelle dans les pays scandinaves. Je ne fais que des propositions, et si des spécialistes passent par là je serai reconnaissante si on me corrige si je dis des bêtises.

 

J’aurais voulu que l’école m’apprenne à respecter mon corps et en prendre soin, et qu’elle me présente les relations sexuelles comme étant dans la continuité des relations sociales (plutôt qu’un monde un peu mystérieux et interdit, vaguement sale et suspect).
Dès le plus jeune âge, j’aurais voulu qu’on m’éduque au consentement : ne pas toucher quelqu’un qui ne le veut pas, qu’on m’apprenne que c’est OK de refuser qu’on me fasse un câlin ou un bisou, même si j’ai 4 ans et qu’il s’agit d’un-e adulte. Qu’on m’explique qu’il ne faut pas avoir honte de demander un câlin ou de proposer de faire un bisou. Mais que si quelqu’un, enfant ou adulte, en exige de nous, il faut savoir dire non, que c’est la personne qui insiste qui est en tort. Qu’on peut avoir envie, ou pas envie, de contact physique, et qu’il faut savoir accepter un refus, et qu’on a le droit d’exprimer son refus. (là encore je ne suis pas spécialiste des enfants, mais ma mère est instit en maternelle, et de ce qu’elle raconte les plus jeunes de ses moyennes-sections demandent parfois un câlin à la maîtresse parce que leur maman leur manque, ou que ceux qui sont les meilleurs amis du monde se font des bisous à la récré. C’est tout mignon, mais moi je n’ai absolument pas le souvenir que le contact physique était un sujet de conversation quand j’étais en maternelle et en primaire)

J’aurais voulu qu’on m’apprenne à prendre soin de mon corps, par exemple à bien me nourrir et à avoir une bonne posture. Maintenant j’ai 24 ans et j’ai de gros problèmes de dos, et je me rends compte que ce n’est pas évident du tout de se tenir correctement. On m’a bien dit “tiens-toi droite”, sauf que quand tu n’es pas spontanément “droite”, dans mon cas plutôt voûtée, quand on te dit ça tu as tendance à rejeter les épaules en arrière ce qui rend la douleur limite pire (alors que ce qu’il faut faire, c’est avancer le sternum tout en ne crispant pas les épaules. Je l’ai appris sur youtube). Ce sont des questions compliquées, mais les cours d’EPS s’appellent bien “éducation physique et sportive”, pourquoi ne pas avoir de temps en temps des séances avec des kinés invités pour nous apprendre à bien utiliser les muscles et les articulations ? Ça ferait de la prévention médicale, ça revient même moins cher à la sécu que de guérir les gens une fois qu’ils ont de gros problèmes de santé.
De même pour la nutrition : je n’ai le souvenir que d’événements un peu absurdes du style “semaine du goût” où on avait des activités de type “manger une tomate les yeux bandés”. Et aussi d’affiches “ne mangez pas trop de frites” à la cantine. J’aurais voulu qu’on m’apprenne par exemple dès le collège à lire une étiquette pour reconnaitre les ingrédients bons pour ma santé et les dangereux. Qu’on m’explique l’impact environnemental de différents aliments. Qu’on m’apprenne à reconnaitre les fruits et légumes de saison. Pareil, ce n’est pas le boulot des profs, mais inviter des médecins et/ou des nutritionnistes de manière régulière pourrait être salutaire d’un point de vue prévention et santé publiques. Et que ce ne soit pas uniquement axé “ne mangez pas de cochonneries sinon vous allez être gros-se”. Je voudrais que ce soit axé sur le respect et l’acceptation de la morphologie de chacun-e, sur le fait d’apprendre à reconnaître les produits bons pour la santé, savoir composer une alimentation équilibrée, et ensuite à écouter et respecter son corps. Par exemple, ce n’est pas du tout évident d’apprendre à savoir quand on n’a plus faim (l’écoute de son corps n’est pas spontanée pour tout le monde), ou de savoir si on boit assez d’eau, ou de trouver des alternatives bonnes pour la santé si on n’aime pas l’eau. Que l’État fasse des “taxes soda” et interdise les distributeurs de sodas à l’école, c’est purement négatif (de l’ordre de la dissuasion), pourquoi pas proposer des tisanes gratuites à tout le monde à la récré par exemple ? Distribuer régulièrement des fruits de saison comme en-cas ? Proposer un-e interlocuteur/trice pour parler troubles alimentaires sans tabou ?

J’aurais voulu que les séances de sport ne soient pas aussi violentes pour les filles et les personnes au physique en dehors de la moyenne. Moi j’avais un an d’avance, et en plus j’ai grandi tard (j’ai eu mon pic de croissance quelque part en terminale et en première année post-bac). J’étais donc, jusqu’en terminale, toujours parmi les plus petites de la classe, voire la plus petite. Pour les sports d’équipe, j’étais choisie en dernier, et pour des choses comme l’athlétisme, j’étais évaluée sur des grilles de performance… qui étaient construites à partir d’élèves “moyens” beaucoup plus grands que moi ! J’ai donc achevé le lycée en me considérant comme nulle en sport. Et ce, alors que depuis toujours je pratiquais beaucoup de sports en club (arts martiaux, gym et danse dans mon cas). Bref tout ça pour dire que je trouve que les séances d’EPS sont extrêmement violentes en mode “on construit les pratiques et les évaluations pour l’élève moyen, et si c’est dur pour toi ça veut dire que t’es nul-le, même si tu avais pas le physique de l’élève moyen”. Je voudrais créer la possibilité de remplacer l’athlétisme et les sports collectifs par des choses comme du Pilates, du yoga, ou des arts martiaux par exemple. Au moins pour les élèves qui, pour une raison ou pour une autre, ont du mal à rentrer dans le moule des sports plus standard comme les sports de ballon ou l’athlétisme.
De plus, pour parler de ce que je connais, le Pilates par exemple a été conçu pour développer les muscles profonds de manière harmonieuse, et c’est totalement compatible avec par exemple les sportifs en convalescence. C’est quelque chose qui non seulement est bon pour la posture, mais en plus apprend à écouter son corps et en prendre soin.
Les arts martiaux ont cela en commun avec le Pilates, qu’ils ne sont pas intrinsèquement compétitifs (contrairement aux sports d’équipe par exemple). (je parle des arts martiaux un peu plus traditionnels comme l’aïkido où il n’y a pas de compétitions du tout, ou par exemple moi j’ai fait du karaté avec un prof qui était totalement contre la compétition aussi, ce qui est minoritaire dans le karaté, mais bref ça existe). Les arts martiaux sont extrêmement focalisés sur le respect mutuel, et le fait de travailler en “partenaires” plutôt qu’en “compétition”.
Bref, yoga/Pilates et arts martiaux ne sont que des exemples à partir de ce que je connais, le fond de ma pensée c’est que je voudrais que le sport au collège et au lycée soit plus adapté à toutes les morphologies, et qu’il développe la confiance en son corps et l’apprentissage de faire du bien à son corps, plutôt que la compétition, l’affrontement et la performance. (un bémol : je n’étais que “le nain de la classe”, par exemple je n’ai jamais été ronde, donc je ne fais que supposer que ce genre de séances d’EPS ce serait mieux pour les personnes rondes, si certain-e-s me lisent je serais intéressée par votre avis 🙂 de même pour d’autres morphologies un peu en dehors de la moyenne).

J’aurais voulu donc que l’éducation sexuelle soit positive et sans tabou. Au collège, je me souviens de n’avoir eu que deux séances en quatre ans : une en classe entière (où tout le monde était super gêné donc les blagues grasses fusaient), et une avec uniquement les filles de ma promo, pour parler règles, hygiène intime etc. Bon déjà je trouve ça totalement choquant que les filles soient les seules à avoir eu des leçons obligatoires d’hygiène, comme le souligne ce brillant article, notre société est obsédée par le contrôle de l’appareil reproducteur des femmes, qui est en permanence d’emblée suspecté d’être sale et dysfonctionnel.
J’aurais voulu qu’on nous dise que c’est OK de s’interroger sur son identité de genre et sur son orientation sexuelle. Qu’on nous propose un-e conseiller-e, ou un numéro de téléphone, bref un contact possible si on est en détresse vis-à-vis de ces questions.

J’aurais voulu que l’école soit moins focalisée sur le contrôle de la tenue vestimentaire des filles, et plus focalisée sur l’éducation vis-à-vis des insultes sexistes, homophobes, grossophobes etc. Par exemple moi j’étais très tôt consciente d’être contre l’homophobie (avant même de me rendre compte que j’étais attirée par les filles), par contre au collège ça m’arrivait encore d’utiliser “pédé” comme une insulte envers des garçons dont je savais très bien qu’ils sortaient avec des filles, j’aurais pu avoir utilisé absolument n’importe-quelle autre insulte, c’est juste le premier gros mot qui m’était venu en tête parfois. Je me souviens d’avoir fini dans le bureau de la CPE pour avoir fait ça. Elle m’a sermonnée en mode “c’est pas bien” et j’ai eu une punition. Je le méritais totalement !! Mais pour accélérer ma prise de conscience, j’aurais voulu qu’en plus de la punition on explique clairement pourquoi j’ai fait une connerie, qu’on me parle comme à quelqu’un de rationnel, par exemple : “tu sais ce que ça veut dire “pédé” ? tu penses que c’est mal pour un garçon d’aimer les garçons ? alors pourquoi tu utilises ça comme une insulte ? oui peut-être que lui n’est pas homo, mais tu perpétues une image comme quoi être gay c’est négatif, tu penses que c’est bien ? bon alors ne recommence pas et va t’excuser”. Je repense à l’enfant/ado que j’étais, et je suis convaincue que la meilleure manière de m’éduquer c’était non pas se contenter de me dire “c’est mal”, mais me faire comprendre précisément qu’est ce qui était mal et pourquoi c’était problématique. On vient tou-te-s de familles qui ont plus ou moins des préjugés (dans ma famille, beaucoup de slut-shaming et de grossophobie par exemple), ce n’est pas évident pour tout le monde pourquoi “c’est mal” d’insulter certaines catégories de gens. L’école devrait être là pour ça : non pas sermonner, mais expliquer logiquement aux enfants ce qui est problématique dans les propos discriminatoires, en gros faire jouer la raison plutôt que l’autorité.

Pour les séances d’EPS, j’aurais voulu qu’il y ait des cabines fermées pour les enfants gêné-e-s par les vestiaires collectifs. Non seulement pour beaucoup c’est gênant de se déshabiller en public, mais en plus l’absence d’adultes dans ces moments faisait que, dans mon expérience, les insultes fusaient. Par exemple j’étais la dernière de ma classe à avoir eu des seins (comme je le disais plus haut, j’avais sauté une classe et EN PLUS j’ai eu une croissance tardive), bah enlever mon t-shirt deux fois par semaine devant toutes les filles de la classe ça a bien empiré mon embarras à ce sujet, surtout quand je me suis pris des remarques. Et je n’imagine même pas ce que ça doit être par exemple pour les enfants trans.

J’aurais voulu que les séances d’éducation sexuelle, et les programmes de SVT, ne soient pas uniquement focalisées sur la contraception et les IST. Alors oui il faut absolument éduquer les jeunes à ces sujets : les chiffres montrent que l’usage du préservatif est en baisse, ce qui est terrible. Mais présenter ça de manière totalement déconnectée de l’attraction, du plaisir etc, ça rend ça totalement clinique, et un peu hors-sol, pour des ados plutôt traversés par des émotions violentes à ce sujet (de mon expérience en tout cas).
Si dès l’enfance les élèves étaient éduqué-e-s au consentement et au respect de son corps et de celui d’autrui, j’ai l’impression que ce serait plus simple de présenter les relations sexuelles comme dans un continuum par rapport aux autres relations sociales. J’aurais voulu qu’on me dise que c’est OK si je suis une fille et que j’ai envie de faire l’amour. Que c’est OK si je suis attirée par les filles. Que c’est OK si je n’ai pas envie du tout, que les asexuels ça existe, et qu’il faut les respecter. Que si un mec insiste pour m’embrasser ou faire l’amour, alors que je dis non, que c’est lui qui est en tort. J’aurais voulu qu’on m’apprenne ce que c’est que la culture du viol et pourquoi ce n’est jamais la victime de viol qui est responsable. Qu’on m’explique que c’est tout à fait possible d’avoir plusieurs partenaires, moyennant protection contre les IST, et qu’on m’explique comment ça se passe un dépistage. Bref, qu’on me présente la sexualité comme quelque chose de normal, et qu’on m’explique rationnellement comment éviter de prendre des risques. Qu’on présente la sexualité comme un ensemble de pratiques possibles, qu’on me dise que je peux faire tout ce que je veux tout en ayant un respect inconditionnel pour le consentement d’autrui, et qu’on m’encourage à exprimer mon consentement (et surtout l’absence de consentement le cas échéant). Qu’on ne fasse pas que me présenter la sexualité comme un risque (d’IST, de grossesse, ou que je risque de me faire violer avec du GHB), mais comme une activité sociale avec éventuellement une dimension émotionnelle, du plaisir, et certaines règles à respecter. Qu’on me présente les statistiques comme quoi la plupart des ados se masturbent, et que, même si c’est un truc intime et qu’on n’est pas obligés d’en parler à qui que ce soit, on n’a pas à se sentir vaguement sales ou coupables si on le fait. Voire, que la masturbation aide à apprendre à connaitre son corps et que c’est quelque chose de positif si tu as envie de le faire. Qu’on m’explique que le slut-shaming c’est socialement délétère, et que les prostituées ne sont pas des criminelles, par conséquent “pute” comme une insulte c’est totalement insensé (je pense que là même les abolitionnistes seront d’accord ?).

Je pense que la libération sexuelle passe par l’amour de son corps, le fait de suivre ses envies, respecter celles d’autrui, et oser chercher à faire respecter les siennes. À ce titre, pour moi ça s’inscrit dans l’idée plus large d’un rapport positif à son propre corps.
J’ai lu sur un site américain traitant de fitness : “fais du sport parce que tu aimes ton corps, pas parce que tu le détestes”. C’est le genre d’idée très générale que je pense que l’école devrait propager. Nous vivons dans une société où les médias nous bombardent d’impératifs, où les icônes de beauté consacrent des sommes d’argent, et des quantités de temps, à entretenir leur physique, qu’aucun-e salarié-e lambda ne pourrait jamais égaler. Dans le même temps, en interview, beaucoup de mannequins se vantent de se nourrir de pizza (certain-e-s ont un métabolisme inhumain, je suppose que d’autres mentent). Bref, ce n’est pas dans les médias qu’on apprend comment s’occuper correctement de son corps, et ça n’a rien d’évident. C’est pour cela que pour moi, l’école devrait

  • avoir une approche rationnelle, c’est à dire démystifier l’alimentation, la posture, la sexualité, bref tous ces aspects du corps où les médias nous montrent des images biaisées ou totalement irréalistes.
  • avoir une approche positive, c’est à dire encourager tout le monde à aimer son corps et en prendre soin, plutôt que contribuer aux attentes drastiques, ou à la honte du corps que beaucoup de médias véhiculent. (En particulier, foutre la paix aux filles concernant leur tenue vestimentaire. Et à mes yeux ça inclut le foulard islamique. Chacun-e son background social, chacun-e la tenue qui fait se sentir libre. Forcer les filles à cacher leurs épaules ou enlever leur foulard, c’est du poliçage du corps des filles, et il faut arrêter avec ça.)
  • avoir une approche inclusive, parce qu’aux dernières nouvelles, l’école de la République est censée éduquer tous les enfants, quel que soit leur milieu d’origine. Je pense par exemple aux enfants venant d’une famille religieuse assez anti-sexe (ou strictement hétéro/pas avant le mariage) : il n’est pas question que l’école encourage qui que ce soit à avoir des pratiques sexuelles, mais pour des enfants qui pourraient se trouver en porte-à-faux par rapport à leur milieu social, l’école devrait leur offrir un point de vue différent : “tu n’es pas anormal-e, tu n’es pas sale, tu n’es pas coupable, tu as ta place à l’école, et il existe des institutions pour te soutenir si ta famille te rejette”. (par contre, si les enfants veulent suivre les injonctions de leur famille, très bien pour eux, mais ils devraient savoir qu’il y a une alternative)

 

Pour moi, aujourd’hui le compte n’y est pas.
La bonne nouvelle, c’est que ce que je propose n’a qu’un coût très minime pour les finances publiques.
La mauvaise, c’est que j’ai vraiment des gros doutes quant au fait que l’ensemble du personnel du primaire et du secondaire partage mes vues. C’est pour ça qu’il faut lutter pour diffuser ces idées pour améliorer la santé physique et mentale de tout le monde en diffusant l’idée d’un rapport positif à nos corps 🙂

Comment éviter d’offenser les gens appartenant à une catégorie discriminée/infériorisée

Nous sommes tou-te-s situe-e-s socialement. Le sexe, la race, la classe sociale, la santé, toutes sortes de privilèges ou au contraire d’inconvénients sociaux, définissent notre position sociale.

Cet article ne vise pas à donner un « guide du bon-ne allié-e » pour le militantisme, ni à disserter sur l’intersectionnalité. Il vise juste à donner des conseils pour nos interactions quotidiennes, inspirés de mon vécu. On peut ne pas du tout être engagé-e politiquement, mais juste vouloir éviter de vexer ou blesser les gens parce qu’on veut être sympa et laisser une impression agréable à tous les gens qu’on fréquente. On peut aussi utiliser ce raisonnement dans le cadre d’une réflexion politique ambitieuse sur l’émancipation. On peut vouloir éviter autant qu’on peut, à notre niveau individuel, de perpétuer la violence sociale. Bref, je propose des pistes pour essayer de ne pas froisser les gens moins privilégiés que vous.

Personnellement, j’ai de nombreux privilèges, par exemple je suis blanche, valide, cisgenre et j’ai fait des études élitistes (prépa + grande école). Mes quatre grands parents sont diplômés de l’équivalent d’un bac+5 dans mon pays d’origine, ce qui fait de moi une bonne grosse héritière de capital culturel. Il y a même des photos de mes ancêtres vers 1900… ingénieurs des chemins de fer. Bref, mes origines sont profondément ancrées dans la petite bourgeoisie. Et aussi loin que je me souvienne, l’ensemble de ma famille a été très active pour m’enseigner des choses (pas seulement les parents mais aussi les grands-parents et les grands-oncles). Je suis donc arrivée à l’école avec un gros héritage de capital culturel qui m’est tombé dessus par pure chance.

Par contre, j’ai certains stigmates sociaux. D’abord, je suis une femme, donc je subis le patriarcat depuis ma naissance. Puis, je ne suis pas hétérosexuelle (je ne sais pas trop ce que je suis, probablement quelque chose comme pansexuelle, mais l’argument qui importe là c’est que je me suis déjà faite emmerder quand j’étais dans un lieu public avec ma copine de l’époque). Ensuite, je suis une immigrée. J’ai vécu entre mes 5 et mes 12 ans dans l’anxiété du renouvellement du titre de séjour, même si maintenant ça fait la moitié de ma vie que j’ai la nationalité française. Bref, qui dit « immigration depuis une région reculée du monde » dit… PAS DE PATRIMOINE. Je n’hériterai jamais de rien (je dis ça parce que le patrimoine ce sont des inégalités qui orientent énormément le champ des possibles pour toute une vie, et on y réfléchit assez peu). Aussi, entre mon arrivée en France et mes 19 ans, j’avais très peu de ressources monétaires. Je ne vivais pas dans la pauvreté car ma mère et moi bénéficiions du logement de fonction de mon beau-père. Par contre, ma mère passait de la précarité au chômage pendant l’ensemble de ma scolarité. On a connu les allocations chômage dégressives. Écolière, je me souviens marcher dans la rue avec ma mère, qui m’expliquait qu’elle allait peut-être bientôt se retrouver sans aucune ressource car ses droits allaient expirer, et que dans ce cas-là nous allions vivre tous les trois sur le salaire de mon beau-père ; qu’il fallait donc que je me prépare parce que peut-être qu’il faudrait que je ne demande plus aucun achat superflu. Heureusement, elle a retrouvé un travail peu de temps après cette conversation. Jusqu’à mon indépendance financière, elle a toujours été précaire et ses revenus n’ont jamais dépassé le SMIC. Par exemple je n’ai jamais eu de console de jeu à brancher sur la télé, ou je n’ai jamais fait de cheval, parce que c’était trop cher. [Heureusement, à 17 ans j’ai eu la bourse du CROUS et la bourse au mérite, ce qui faisait 600€/mois, et à 19 ans j’ai intégré une école qui paie les étudiants 1200€/mois donc c’était la fin de la galère et aujourd’hui je suis doctorante financée donc financièrement tout va bien.]

Pourquoi parler de « ma vie, mon oeuvre » ? Parce que par mon statut sociologique un peu atypique (immigrée à gros capital culturel mais sans capital économique), j’ai gravité toute ma vie autour de gens plus riches que moi. La plupart du temps je le vis très bien, mais parfois certains propos me hérissent carrément le poil. C’est une interaction de ce type qui m’a inspirée pour écrire cet article. Dans mon enfance pour beaucoup de choses je n’ai pas eu le choix parce que je n’avais pas les moyens. J’ai donc essayé d’identifier quels propos précisément m’énervent, et pourquoi. Ça vaut pour le sexisme aussi, mais j’ai la chance de fréquenter un milieu assez sensibilisé là-dessus, bizarrement c’est sur la richesse (revenu et patrimoine) que mes interactions quotidiennes m’énervent le plus souvent, des gens qui parlent de choses qu’il aurait « absolument fallu faire » dans mon enfance et mais qui ne faisaient même pas partie de mon champ des possibles par exemple.

 

Avant tout, je sais que je ne suis absolument pas parfaite. Je suis sûre que j’ai parfois des propos très arrogants et désagréables quand je parle de mon parcours (prépa dans un grand lycée parisien puis grande école). Souvent, je me rends compte que j’ai dit un truc socialement offensant une fois que je l’ai prononcé, et c’est trop tard. Aussi, j’ai beau savoir théoriquement tout le problème que ça pose de mégenrer les personnes trans, malheureusement ça m’est déjà arrivé… Sur le racisme, j’essaie d’être une alliée mais ça m’est déjà arrivé de dire des conneries. Bref, personne n’est parfait, certainement pas moi, et il faut absolument me recadrer si je dis quelque chose de discriminant !!

Comme l’a dit Laci Green à propos du féminisme : « personne n’est parfait-e, nous sommes tou-te-s au milieu d’un chemin, d’un processus ». En tant que catégorie dominante il faut être conscient-e de ses privilèges, et toujours prêt-e à se remettre en question.

On peut parler de son expérience de privilégié-e, de riche (« je suis parti-e en vacances au ski dans un châlet en Suisse, c’était génial »), d’homme blanc cisgenre etc. Il y a juste des choses, ou des manières de présenter les choses qui, j’ai l’impression, sont énervantes pour les personnes moins privilégiées que soi, et j’ai essayé d’en identifier quelques-unes.

Les choses à faire quand on parle à quelqu’un qui est discriminé alors qu’on ne l’est pas

  • Le/la croire quand il/elle parle de ses problèmes spécifiques. Rien de plus énervant que l’incrédulité des dominants. Par exemple les hommes cis qui disent que le harcèlement de rue ce n’est pas si fréquent ou pas si chiant, c’est énervant.
  • Le/la soutenir à propos de ces problèmes. Montrer un minimum de compassion. Généralement les personnes discriminées se font mépriser et/ou insulter au quotidien. Le soutien n’est pas de trop. Juste une parole positive ou un regard compatissant c’est le minimum.
  • Reconnaître son statut de privilégié. Par exemple, quand on est cisgenre, rien de plus discriminant que de refuser ce terme et dire « bah non je suis juste normal-e ». Dans le cas des revenus ou du patrimoine, parler de son lot comme « le minimum décent pour vivre » alors qu’on est dans les 15 % les plus riches, c’est indécent (vous pouvez connaître votre position ici et je vous encourage à le faire).
  • S’éduquer. Les personnes discriminées n’ont pas pour mission de nous éduquer. Lire des témoignages de personnes moins privilégiées que soi est important.
  • Accepter humblement quand on nous recadre. Quand je dis à un homme « ce que tu dis est sexiste et/ou ça m’affecte négativement en tant que femme », rien de pire qu’une réaction outrée et vindicative.
  • Ne pas s’attendre à du tact et de la délicatesse. Les personnes victimes de la discrimination subissent ça tout le temps et depuis toujours. Parfois ce qui est un propos très marginal pour vous est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Si vos propos les heurtent, leur réaction peut être épidermique. Il faut savoir prendre sur soi en relativisant son privilège.

 

Maintenant, les choses à ne surtout pas faire.

  • Croire qu’on a déjà parfaitement mis à distance ses préjugés. Notre société est classiste, raciste, sexiste etc. Ça fait toujours mal à l’égo de se faire recadrer mais il faut absolument accepter de toujours se remettre en question.
  • Être incrédule et/ou minimiser. Si quelqu’un raconte être affecté-e par une discrimination que vous ne subissez pas, ce n’est pas à vous de décider si ça l’affecte vraiment et dans quelle mesure.
  • Se plaindre sur un point sur lequel on est plus privilégié que l’interlocuteur/trice. Par exemple si tu te plains que c’est trop dur d’accéder à la propriété avec ton héritage qui t’a donné un apport alors que tu parles à quelqu’un qui n’en aura jamais.
  • Dire « je n’aurai jamais pu y arriver sans mon privilège » alors que ton interlocuteur/trice l’a fait. Typiquement des trucs de standards de consommation, du style « c’est impossible de vivre à Paris avec tel ou tel revenu » alors que ton interlocuteur le fait (même s’il lui a fallu manger des pâtes).
  • Être outré-e et renverser le stigmate. Comme avoir une réaction du type « tu es agressive et puis j’ai pas à m’excuser d’être blanc/que mes parents soient riches ». Non. Tu t’es peut-être fait-e engueuler, mais en tant que privilégié-e il vaut mieux prendre sur soi un peu. Tu es un peu vexé-e ponctuellement, mais l’important c’est de contribuer à mettre fin à la discrimination dont ton interlocuteur/trice est victime.

 

Voilà, ce ne sont que des pistes et je prends toute critique et toute suggestion de continuation.

D’abord, ces recommandations ne limitent la liberté d’expression de personne. Je suis pour une liberté d’expression totale, l’important c’est de pouvoir avoir ces débats (qui est privilégié ? Est-ce justifié ?). Ce ne sont que des conseils pour les gens qui veulent éviter de perpétuer une violence sociale insidieuse qui leur paraît injuste.

Ensuite, à me lire certain-e-s pourraient penser que c’est là une espèce de « nouvelle gauche néolibérale » qui ne se préoccupe plus de lutte des classes, mais de concepts de « privilèges » à la con et voulant ériger du « politiquement correct » à tous les niveaux, mais je ne pense pas.
Je pense que les micro-agressions et les offenses du quotidien participent d’un système inégalitaire. Par exemple le « classisme » n’est pas une vision édulcorée post-lutte des classes. Je pense au contraire que c’est un élément, une partie de la superstructure (tant que les riches pensent comme des riches et n’ont pas d’empathie avec les pauvres, ils feront des politiques de riches). Et que ça ne substitue pas au militantisme (par exemple revendiquer l’égalité des droits pour les trans ou la fin de l’islamophobie d’état, ou même une révolution socialiste ou l’abolition de l’État). Je pense que ce sont juste des pistes pour le quotidien pour les gens qui ne veulent pas militer, et que c’est un complément pour les gens engagés, parce que ça nous pousse à traquer dans notre inconscient toutes les discriminations qu’on a intériorisées et qui nous traversent, si on veut l’émancipation et la libération de tou-te-s.

Consommer, c’est cautionner.

J’ai trop souvent entendu des militants, en réunion, m’expliquer d’un air condescendant “non mais tu vois, le problème, ce n’est pas la consommation, c’est la production“. Avec l’air de quelqu’un qui a réfléchi alors que moi j’agirais d’une manière naïve.

C’est faux. En tant que consommateurs, quand nous savons que la marchandise a été produite dans de mauvaises conditions, c’est notre devoir d’arrêter de donner notre argent à des firmes qui ne respectent pas les humains et la planète.

 

Des enfants Syriens réfugiés en Turquie travaillent pour fabriquer les vêtements produits par les grandes enseignes, et ils sont payés des centimes.

Les sous-traitants de Asos, Zara, Mango, Marks&Spencer, et avant cela H&M, sont concernés. En 2013 déjà, l’effondrement d’une usine textile à Dacca faisait 1200 morts, cette fois-là c’était un sous-traitant de Mango (encore) et Primark qui était en cause. Les grandes marques ont tendance à dire “c’est pas nous, c’est les sous-traitants, on ne savait pas”. Mais quand, comme H&M et Primark, on veut vendre à profit des jeans à 10€, et qu’on sous-traite sans se préoccuper des conditions, il faut faire preuve de mauvaise foi pour dire qu’on est innocent. L’assurance de conditions de production décentes devrait passer avant la recherche du profit. Et de même pour Zara et compagnie, qui vendent des produits d’une qualité médiocre à un prix élevé, réalisant des profits stellaires, alors que les salariés sont dans une condition proche de l’esclavage.
Je suis la première à adorer acheter des vêtements. Je reconnais avoir, par le passé, filé BEAUCOUP de fric par exemple à Asos en séances de shopping compulsif. Mais le cas des enfants syriens m’a vraiment faite tomber de ma chaise et réfléchir.
Je n’achèterai plus de vêtements sans me préoccuper des conditions de production. Quelques pistes pour un shopping éthique : acheter d’occasion, acheter local (“made in France” ou autre), acheter à des firmes qui sont très claires sur les conditions de production. Ça demande de réfléchir un peu avant d’acheter (et je suis la première à avoir un lourd passif de shopping compulsif derrière moi), mais on ne peut plus faire comme si c’était anodin.

 

 

Et demandez-vous si vous êtes OK avec les conditions de production des produits animaux.

40% des vaches en France souffrent d’inflammation chronique des pis à cause de la traite productiviste.

Pour obtenir la couleur rose du veau, les bestioles sont anémiées. Ce n’est pas la couleur normale. C’est notamment pour éviter qu’ils mangent suffisamment de fer (et donc que leur viande rougisse) que les veaux à viande sont élevés enfermés plutôt que dans les prés.

Les poussins mâles, inutiles à la ponte, sont broyés systématiquement.

En France, il y a un scandale sur les conditions d’abattage tous les six mois.

Les lapins angora à laine sont torturés, même sur le territoire français.
Et ce n’est pas qu’en Chine ou dans d’autres pays moins développés. Je n’ai cité que des scandales qui concernent la France. L’ensemble des produits animaux sont fabriqués dans des conditions effroyables pour les bêtes. Et je ne parle même pas de l’impact environnemental de l’élevage : 14% des émissions de gaz à effets de serre en France.

Ne soyez pas le militant hautain qui m’explique que le problème n’est pas la consommation mais la production. Tant que vous achetez du jambon industriel, vous cautionnez ce système. Si vous êtes sensible au changement climatique et ne souhaitez pas encourager la torture des animaux, dans la mesure du possible il faut éviter d’acheter ces produits.
Pareil, je suis la première à raffoler du fromage, des pulls tout doux en angora, et des sacs en cuir. Mais récemment j’ai eu un choc (j’avoue, c’est la vidéo des lapins qui m’a noué la gorge), et je vire vegan. Parce que les animaux bio n’ont pas de meilleures conditions d’abattage. On ne peut plus dire qu’on ne savait pas. Soit on ne consomme plus, soit on accepte d’encourager le système. Achetez si vous trouvez les conditions acceptables, sinon, des alternatives existent.

Pour le cuir et la laine, on peut aller en friperie : ces vêtements durent longtemps, et en plus, c’est moins cher d’acheter d’occasion. Pour remplacer les produits animaux alimentaires, les légumineuses sont bourrées de protéines et de fer, et par exemple le tofu fumé rappelle la bonne odeur du lardon ou du saucisson.

 

 

Oui, les firmes en savent toujours plus que nous sur les conditions de production, donc un contrôle public de la production reste nécessaire.
Mais dans l’hypothèse où celui-ci n’est pas mis en place demain, nous pouvons commencer à agir en attendant.
Le capitalisme réagit à la demande. Le boycott est donc un outil puissant pour que les firmes modifient leurs conditions de production. Si elles ne le font pas par éthique, elles le feront pour maintenir notre consommation, et donc leurs profits.

 

Chacun-e sa vision du monde, mais à partir du moment où vous savez que la production d’une marchandise contredit VOS critères éthiques, continuer à acheter c’est cautionner ce mode de production.

Dans l’hypothèse où le capitalisme n’est pas aboli demain, la consommation a un rôle à jouer pour limiter les horreurs de la production, et ça commence aujourd’hui.

Ça commence en s’informant sur les conditions de production des marchandises qu’on achète. Évidemment, ça ne concerne pas les personnes dont les revenus trop faibles ne permettent pas d’avoir le choix.
Mais par rapport aux exemples que j’ai cités, acheter d’occasion ou arrêter les produits animaux permet en fait d’économiser de l’argent.

Le fétichisme de la marchandise consiste à voir les marchandises comme une entité mystique indépendante des conditions de production. Aujourd’hui, c’est une période sombre pour nos mobilisations en tant que producteurs (cf la loi travail). Mais la mobilisation en tant que consommateurs reste possible pour toute personne qui a un accès internet et un quart d’heure à perdre. Les firmes peuvent investir autant qu’elles veulent dans leurs campagnes de com’, elles ne peuvent pas nous obliger à acheter leurs produits, et nous avons internet pour investiguer les conditions de production. (coucou, H&M, encore toi, qui sors une campagne de pub pseudo-féministe alors que dans tes usines tu licencies les femmes enceintes)

Peut-on refuser des avances sans devenir dingue ?

Article où je reviens sur mes aventures du samedi soir, et où je définis le “paradoxe du relou” : dans une société où les femmes sont éduquées à ménager les sentiments des hommes (même quand ceux-ci sont en train de les faire chier), et où les hommes sont éduqués à ne pas tenir compte de la volonté et des sentiments de la personne draguée… bah quand elles se font draguer les femmes ont mécaniquement toujours tort, et ce sont par conséquent elles qui culpabilisent, alors même qu’elles ont été la victime du relou. Le relou, lui, continue sa vie sans se prendre la tête. Je propose quelques pistes pour mettre fin à cet état absurde des faits.

 

(disclaimer : dans cet article “les femmes” désignent les personnes identifiées comme telles par la société, de même pour “les hommes”. De plus, évidemment il ne s’agit pas de TOUS LES HOMMES, mais d’une proportion et de tendances structurelles suffisamment importantes pour perturber mon quotidien et celui de milliers d’autres personnes identifiées femmes par la société)

 

La condition féminine est épuisante. Par exemple, en matière de drague, nous sommes soumises à des injonctions sociales totalement contradictoires.
D’un côté, il faut que nous soyons toujours avenantes, aimables, et que nous prenions en compte les émotions de nos interlocuteurs afin de ne surtout pas vexer ni déranger personne.
De l’autre, si nous nous montrons aimable avec un homme, souvent il se dit que c’est de la drague.
S’il nous fait des avances qui ne nous intéressent pas, si on refuse subtilement, gentiment et poliment, alors il ne retiendra que la gentillesse et se sentira encouragé pour continuer à nous draguer.
Si on refuse fermement, cela entre en contradiction avec l’amabilité et la douceur qu’on attend d’une femme, donc on va se faire insulter (parano, hystérique, harpie etc) ou du moins on subira des reproches (“tu m’as vexé, tu as heurté mes sentiments” etc).
C’est une machine à devenir dingue. À partir du moment où un homme se met à nous draguer et qu’on n’est pas intéressée par ses avances, quelle que soit la manière dont on signifie notre refus, il nous fera des reproches, considérera que c’est nous qui sommes en tort, et nous demandera de nous justifier.

J’appelle ça le paradoxe du relou. Un type peut pourrir notre soirée en envahissant notre espace personnel (en se tenant trop près, essayant de nous prendre dans ses bras ou de nous embrasser par exemple), en insistant pour nous payer un verre où pour qu’on dorme chez lui. Et à la fin, trop souvent ce sera nous qui culpabiliserons alors que lui n’aura aucun cas de conscience et recommencera.

Ça m’est arrivé pas plus tard que ce week-end. Samedi soir, d’abord je passais une bonne soirée à boire des bières sur un mode amical avec un jeune homme. Et puis il a commencé à essayer d’être trop proche de moi physiquement et à répéter qu’il fallait que je dorme chez lui. Je le repoussais (mais gentiment), je disais non (mais poliment). Quand il m’a demandé de l’embrasser pour lui dire au revoir, j’ai dit “non” d’un air excédé parce que je n’en pouvais vraiment plus. J’ai dû lutter pour monter dans le métro pour rentrer chez moi parce qu’il essayait de me retenir.
Dans ma tête, c’était extrêmement gênant, j’ai passé une fin de soirée très angoissante et je me sentais très mal à l’aise.
Le lendemain, il m’a proposé de le revoir, je lui ai expliqué par WhatsApp la soirée de mon point de vue, je lui ai signifié que cela m’avait épuisée émotionnellement et que si je le revoyais un jour ce ne serait pas tout de suite et ce serait uniquement sur un mode amical.
Résultat ? C’est lui qui me fait des reproches, d’avoir heurté ses sentiments, de “faire une fixette sur la dernière demi-heure” (qui a en fait duré 1h30) où il a été relou.

J’ai passé mon dimanche à culpabiliser d’avoir été trop sympa ou pas assez ferme. IL a été relou. J’AI passé la soirée et le lendemain à me demander comment IL l’a vécu. Et quand JE lui ai expliqué comment JE l’ai vécu, il minimise, parle de fixette et de broutilles. Il m’a traitée de mal élevée pour avoir sauté dans le train le samedi soir sans lui dire au revoir (il m’avait faite rater le train précédent en me prenant dans ses bras donc c’était élémentairement un acte pour m’échapper). Tout à l’heure il m’a traitée de mal élevée quand il m’a dit “je regrette d’avoir perdu ma soirée avec toi” et que j’ai répondu “hé ben très bien ciao”.

Il a passé la soirée à envahir mon espace vital. Ensuite, tout le dimanche, je me suis faite culpabiliser moi-même, de savoir si j’avais été trop aimable ou pas assez ferme. Et maintenant il cherche à me faire culpabiliser (au lieu de se remettre en question et de présenter des excuses).
Ce ne serait pas aussi épuisant si c’était la première fois. La drague, vue par les femmes, se passe la plupart du temps de cette manière. L’interlocuteur S’EN FOUT COMPLÈTEMENT de notre ressenti. Et s’attend à ce que nous restions aimables quoi qu’il fasse. Si on refuse fermement on est méchante, si on refuse gentiment il pense qu’il faut continuer à draguer. Quoi qu’on fasse dès que quelqu’un commence à nous draguer il va s’en sortir émotionnellement… et pas nous.

[C’est une des instances de la “division du travail interprétatif” dans nos sociétés. Les femmes (et autres catégories dominées) doivent passer leur vie à s’imaginer ce qui se passe dans la tête des dominants afin de ne pas les heurter, car par définition les dominants ont des instances de pression pour nous “remettre à notre place” si on anticipe mal leurs réactions. Ainsi, les dominés pour pouvoir exister sont obligés de se mettre dans la tête des dominants, alors que les dominants ont le luxe de ne pas se poser de questions à propos des sentiments des dominés. Pour un résumé très clair sur ce concept, voir par exemple Bureaucratie de David Graber. S’ajoute à ça en particulier la socialisation féminine, basée sur le “care”, le fait de toujours penser aux autres et de les ménager, alors que la socialisation masculine encourage plutôt à s’affirmer.]

 

 

Maintenant, quelques pistes pour que cessent les injonctions contradictoires et la dissonance cognitive qui oppressent les femmes dans le cadre de la drague.

À l’attention des hommes (évidemment, si ça te paraît évident tu n’es pas concerné) : la drague ça se fait à deux. Demandez-vous si vous êtes en train de vous montrer insistant. Demandez-vous si vous mettez cette fille mal à l’aise. Demandez-vous si vous êtes le relou. Ne soyez pas le relou. Apprenez à écouter et accepter un “non”. Si la fille vous explique qu’elle est mal à l’aise, acceptez-le.

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source blog Projet Crocodiles

 

 

Évidemment ça ne devrait pas être à nous de faire des efforts pour “ne pas se faire draguer par un relou”, mais en attendant que tous les hommes apprennent à comprendre un “non”, voici quelques conseils aux personnes identifiées femmes pour repousser des avances :


Déjà, les stratégies de cet autre excellent article de Projet Crocodiles, qui sont plutôt définies par rapport à du harcèlement par des inconnus, s’appliquent ou s’adaptent aussi à un cas de drague de soirée.

  • Reprocher quelque chose d’extrêmement précis.
    Been there, done that: si vous reprochez à quelqu’un de vous “draguer”, il contestera, dira qu’il ne nous draguait pas du tout. Donc, pour que ça ait plus de chances de marcher, il faut absolument être précise sur ce qu’on reproche. Dans mon cas de samedi soir, par exemple : “ne t’approche pas aussi près”, “je ne veux pas dormir chez toi” etc. D’ailleurs, je l’ai dit. Mais je l’ai dit très gentiment et poliment. Donc j’aurais pu le dire plus clairement, fortement et fermement, je suppose, ça aurait peut-être eu plus de chances de marcher ? (hé merde, c’est encore moi qui suis en train de me repasser la soirée de de me demander comment j’aurais pu mieux réagir, alors que pourtant JE NE SUIS PAS en tort).
  • Dire les choses d’une manière incontestable.
    D’ailleurs, il y a un autre problème, c’est que le dragueur peut minimiser vos propos. “Allez, je te propose juste de dormir chez moi, il se passera rien, tu me prends pour qui ?” par exemple (une stratégie particulièrement perverse qui VOUS amène à VOUS justifier). Donc il faut dire quelque chose à propos de quoi il ne pourra pas argumenter, par exemple “ça me met mal à l’aise”, “je n’ai pas envie” etc.

Et surtout, je crois qu’on a besoin d’apprendre à ne pas culpabiliser de contrarier quelqu’un si c’est important pour notre bien-être émotionnel et notre santé mentale.

Je lisais cet article sur la féministe nigériane Chimamanda Ngozi Adichie dimanche matin et ce passage m’a travaillée profondément :

“La mission de votre fille n’est pas d’être aimable, mais d’être pleinement elle-même, tout en étant consciente de la pleine humanité des autres… Ne mettez jamais cette pression d’amabilité sur votre fille. On apprend aux filles à être aimables, gentilles, quitte à mentir. Et nous n’apprenons pas la même chose aux garçons. C’est dangereux. Beaucoup de prédateurs sexuels ont capitalisé là-dessus. Beaucoup de filles restent silencieuses lorsqu’on abuse d’elles parce qu’elles veulent être gentilles. Beaucoup de filles passent trop de temps à essayer d’être “gentilles” avec des gens qui leur veulent du mal. Beaucoup de filles pensent aux “sentiments” de ceux qui leur font du mal. C’est la conséquence catastrophique de l’amabilité.”

(Chimamanda Ngozi Adichie, ma traduction)

 

C’est clairement un problème que j’ai. Me faire draguer me laisse le plus souvent un goût amer, car généralement on ne me fout pas la paix tant que je reste polie, et quand je perds patience et que je deviens très ferme on (le dragueur, d’autres personnes, ou même moi-même) me fait culpabiliser d’avoir heurté les sentiments du dragueur relou.

Il faut que ça s’arrête. À mon avis notre priorité numéro 1 en tant que femmes est de ne pas perdre la tête, parce que ces injonctions contradictoires permanentes sont totalement aliénantes. Donc ne culpabilisons pas à repousser des avances. Ce n’est pas à nous de nous remettre en question. On ne doit pas la gentillesse à quelqu’un qui envahit notre espace personnel, qui n’écoute pas nos refus, et qui insiste malgré tout.

La prochaine fois, si le dragueur n’en a rien à foutre de mes sentiments, s’il ne me considère pas comme un être sensible qui a ses émotions et qu’il faut ménager… alors je l’emmerde. Et il ne faut pas que je me pose plus de questions que ça.

Comment faire aimer la République aux jeunes ?

Avec le projet de nouveau service civique obligatoire, le parlement a eu une idée de génie : l’été de leur 18 ans, forcer les jeunes Français à assister à des sessions de bourrage de crâne sur les valeurs de la République, avant de les forcer à travailler pour une “indemnisation” inférieure non seulement au SMIC, mais aussi au RSA.

Cela ne va pas marcher pour leur faire aimer la République. Au contraire. En termes d’initiatives similaires mais à une échelle bien plus réduite, personne ne prend déjà la JAPD au sérieux.

Pour de meilleures idées, je vais m’inspirer de mon cas. Arrivée en France à l’âge de cinq ans sans argent avec ma mère,

  • Jusqu’au bac, j’ai vécu dans des logements de fonction du service public
  • J’ai pu étudier gratuitement dans d’excellentes conditions, dans l’école, le collège, le lycée, les prépas, les grandes écoles, et les universités PUBLIQUES
  • J’ai même été payée pour étudier (bourse du CROUS + bourse au mérite, puis grande école qui paye les étudiants, maintenant financement de thèse)
  • J’ai été soignée gratuitement quand j’ai été malade, j’ai eu accès à des activités culturelles gratuites

Certes, j’ai le privilège d’être blanche donc ne pas avoir subi de racisme, et aussi d’avoir hérité d’une grande quantité de capital culturel (4 grands-parents diplômés du supérieur dans mon pays d’origine), ce qui m’a permis de bien m’en sortir à l’école, donc j’ai de nombreux privilèges qui empêchent de faire une généralité de mon cas. Néanmoins, si la République, au delà des discours sur l’égalité, luttait contre les privilèges sérieusement et en y mettant les moyens, ces privilèges devraient voir leur importance se réduire.

Mais le fait est que maintenant, même si je suis remontée contre le gouvernement et même contre le régime, je n’ai pas envie de brûler les institutions publiques. Je vais en manifestations, mais je ne casse rien. Je suis persuadée d’avoir tout à perdre si j’ai recours à la violence, parce que la République m’a faite intérioriser l’idée que j’ai un avenir.

Bref, nous avons tendance à aimer, et à intérioriser les valeurs, des institutions qui nous servent. L’État-Providence, l’école et la santé publiques de qualité pour tous, sont les meilleurs moyens pour que ça marche. Or, ces institutions sont justement en train d’être complètement dilapidées.

Bref, quand l’état prendra la lutte contre le racisme et l’islamophobie au sérieux, quand sur tout le territoire les jeunes pourront étudier dans de bonnes conditions (plus d’argent à l’enseignement supérieur, allocation d’autonomie suffisante pour tou-te-s les étudiant-e-s), et quand la santé sera accessible et de qualité, quand les jeunes seront respectés sur le marché du travail (et pas discriminés par le privé pour leur manque d’expérience, et bradés par le public avec le service civique facultatif actuel qui paye des piécettes), quand la République luttera contre la précarité et le chômage (alors qu’avec la loi travail elle instaure PLUS de précarité et de chômage), alors les jeunes penseront qu’ils ont un avenir, et s’attacheront à la République.

Bref, taper d’un bras sur les jeunes [vrai aussi pour les pauvres, les musulmans], et essayer de les gaver aux “valeurs de la République” de l’autre, aucune chance que ça marche.

Démocratie ≠ vote

L’autre jour (8 juin 2016), Manuel Valls déclarait « la démocratie ce n’est pas la rue, la démocratie c’est le vote » ; il parlait du vote dans le cadre du référendum d’entreprise.

Certain-e-s personnes sont contre le vote comme mode de décision en général ; ce n’est pas mon cas. Par contre, il est complètement erroné de raisonner en termes « démocratie = vote ». Ce n’est pas vrai ; un vote peut être complètement biaisé et manipulé. Par ailleurs, dans les petits groupes, on peut également prendre des décisions au consensus. Dans les grands groupes, on peut pratiquer par exemple le tirage au sort des représentant-e-ss. Bref, la démocratie, c’est le pouvoir au peuple ; ce concept ne dit rien de la manière dont il doit être appliqué institutionnellement, et ne présuppose clairement pas qu’il faut voter.

Ainsi, il est complètement idiot de dire « un (régime politique, mode de décision) est démocratique parce qu’il y a un vote ». Cela ne suffit pas.

M’est avis que deux cas sont d’une grande actualité ces temps-ci. Le premier est un projet de mode de décision dans le monde du travail, celui dont parle Valls, le référendum d’entreprise, qui serait mis en place dans le cadre de la loi travail. Avec un chômage de masse, les employeurs pourront menacer de fermer les entreprises si les salariés votent « non » et donc de virer tout le monde ; ou encore de ne pas renouveler les contrats précaires. Il y aurait donc un vote, mais ce n’est pas « démocratique » si les votant-e-s vont aux urnes le couteau sous la gorge.

Le deuxième cas concerne la « démocratie » et les « élections » des représentants comme régime politique, et je pense aux élections présidentielles et législatives qui se préparent en France en 2017. M’est avis que la cinquième république et l’Union Européenne sont pourries jusqu’à la moelle, et donc des élections dans ce cadre institutionnel sont intrinsèquement caduques. Voici mes raisons en vrac.

Bref, voter ne suffira pas, il faut militer pour un changement majeur de système politique.

La démocratie représentative suppose un savoir-faire spécifique des représentants, certes, d’où l’intérêt qu’ils aient un mandat, disons 5 ans. Mais moi, QUI sont les représentants m’importe peu, tant qu’illes écoutent les revendications de différents groupes, et décident si elles sont légitimes. Ainsi, si on me demande d’imaginer la démocratie, je verrais bien une assemblée tirée au sort, qui reçoit les revendications de différents groupes mobilisés. Et elle serait conseillée par des « experts » (économistes, sociologues, juristes, biologistes etc), qui, eux, seraient organisés en partis politiques selon leur manière de voir le monde. Les représentants n’auraient aucun moyen de se faire réélire, un seul mandat, ce qui diminue la tentation de faire autre chose que ce qui leur paraît juste. Pour la population non tirée au sort, la participation politique consisterait en du lobbying, soit sous forme de mouvement social, soit sous forme de mise au service de leur savoir-faire pour pousser l’application de mesures conformes à leur idéologie. Bref à la limite, dans la manière dont aujourd’hui j’imagine le système politique idéal, il n’y aurait pas de processus électoral tel qu’il existe aujourd’hui pour les représentants du peuple dans les assemblées. Mais c’est une vision totalement théorique, une abstraction pour montrer ce qui m’importe vraiment dans la politique : séparer l’accès au pouvoir de détention de capital économique, social et culturel afin de représenter au mieux l’ENSEMBLE de la population, y compris les plus démuni-e-s et discriminé-e-s ; mettre les mobilisations au centre du processus décisionnel ; étiqueter clairement les « experts » en termes politiques, afin de rendre transparente leur action auprès des représentants.

Mais c’est une utopie ou un objectif vague de très très long terme. D’un point de vue plus immédiatement réaliste, niveau français en 2016, je militerais pour des mandats révocables (pouvoir destituer des représentant-e-s si leur politique ne correspond pas à leur programme), l’interdiction du cumul des mandats dans le temps (pour éviter que qui que ce soit soit tenté de tout faire pour se faire réélire), pourquoi pas plus de proportionnelle, et du tirage au sort à certains niveaux. Au niveau européen, je serais favorable à une sortie totale de l’euro et des traités budgétaires de l’union européenne, afin de redonner une souveraineté aux politiques monétaire et budgétaire ; ce serait un début. Ainsi, peut-être, les votes en France seront à peu près démocratiques.

Bref, à l’heure qu’il est, il existe des tas d’obstacles à la démocratie en France, et voter en 2017 ne suffira pas. Pour toutes celles et ceux qui ne sont pas représenté-e-s dans le système actuel, la vraie démocratie est dans la rue. Les régimes ne tombent pas tout seuls : les puissants ont tout à perdre, et ils ne lâcheront rien sans se battre. Battons-nous, nous aussi.

Une théorie générale de la politique, de l’oppression, et de la gauche, ou pourquoi la non-mixité des discriminé-e-s n’est pas un problème

(Ouais je fais dans le modeste aujourd’hui, c’est ironique, mais ce sont néanmoins des débats qu’il faut avoir, et voici la pierre que j’ajoute à l’édifice)

Alors qu’Internet recommence à s’embraser autour de la non-mixité (réunions féministes interdites aux hommes cisgenres à Nuit Debout ; camp d’été décolonial de Paris 8 réservé aux victimes de racisme), je me répète que la France n’a rien compris à ce qu’est l’oppression de race et de genre.

Alors je vais essayer d’exprimer ma pensée de la manière la plus concise, simple et claire possible.

  • Dans la société, il y a des catégories dominantes, qui détiennent structurellement le pouvoir (politique, économique, médiatique), et ont le luxe de pouvoir ne pas se préoccuper de l’oppression structurelle.
  • Les catégories dominées, elles, sont victimes de discrimination, d’infériorisation, au quotidien, haineuse (« sale pute ») ou bienveillante (« ce n’est pas digne d’une dame »), plus ou moins sournoise, plus ou moins inconsciente, plus ou moins avouée, mais en tout cas de manière structurelle et permanente.
  • Les catégories dominées remarquent l’oppression qu’elles vivent (par exemple je suis une femme, dès qu’un inconnu me mettait une main au cul, je le sentais. Les hommes qui étaient présents dans la pièce ne l’ont pas forcément vu, et se prennent beaucoup plus rarement que les femmes des mains au cul sans leur consentement dans l’espace public)
  • Les catégories dominées ont intérêt à mettre fin à la domination, pour se libérer de ce rapport social qui les infériorise.
  • Comme elles subissent la discrimination, elles sont les mieux placées pour définir leurs priorités et leur agenda politique vis-à-vis de leur libération. Les catégories dominantes sympathisantes sont les bienvenues pour les soutenir, mais doivent appuyer les revendications définies par les catégories dominées. Si ce sont les dominants qui décident comment libérer les dominés, c’est au mieux paternaliste, au pire complètement contre-productif (les dominants n’ayant pas l’expérience de la domination, ils risquent d’être à côté de la plaque).
  • Si pour partager leur expérience de victimes de racisme/sexisme, et définir ces revendications, les catégories dominées ont envie de se réunir d’une manière non-mixte, pourquoi pas. C’est un moyen vers une fin qui est la libération.
  • Pendant ce temps-là, les instances de pouvoir et les médias ont tendance à être plus ou moins non-mixtes de facto, ou du moins avec une forte surreprésentation d’hommes blancs cisgenres de classes supérieures. Donc les catégories dominantes ont déjà plein d’espace pour s’exprimer.

Ainsi, la non-mixité ne relève pas du délire identitaire : l’oppression est un phénomène politique, donc la lutte contre l’oppression l’est aussi.

« Je suis une femme » pour moi ne veut rien dire d’autre que « la société me définit comme femme, et c’est pourquoi je subis l’oppression sexiste ».

Pour moi, être de gauche, c’est vouloir libérer les catégories de la population qui sont structurellement opprimées. Mais si on veut que les nouvelles normes sociales soient véritablement égalitaires, les termes de la libération doivent être définis par les catégories qui subissent l’oppression.

Voilà. Ainsi, la France peut se rassurer : une partie de la gauche radicale n’est pas en train de se transformer en une bande de tarés identitaires. Les réunions non-mixtes résultent juste d’une lecture de la race et du genre comme rapports sociaux.